LCD Soundsystem - EnModeFashion



Il est des disques qu’on attend avec une impatience d’enfant, sans pour autant être capable de l’avouer publiquement.


Après déjà 8 ans de carrière, 2 albums, des maxis et remixes et une collaboration réussie avec Nike, LCD Soundsystem n’est plus l’ovni qu’on écoute avec surprise, mais se positionne maintenant comme LE groupe d’électro rock qui compte et qui fait avancer la musique.


Avec un tel pédigrée, et une carrière désormais longue pour ce style musical, James Murphy et ses acolytes peuvent-ils encore surprendre et faire vibrer nos corps ?



Comme à l’accoutumée sur chaque disque, « This is happening » commence par un titre progressif, rampant et insidieux. C’est avec des hand claps que « Dance yrself clean » s’ouvre, comme un échauffement pour un effort peut-être à venir. En toute discrétion, les instruments apparaissent chacun à leur tour, au son lancinant d’une ligne vocale pop et aérée. On sent doucement monter en soi le rythme, sans croire à son explosion. Qui vient pourtant sans prévenir. Ça y’est le groove s’installe, on bouge les épaules au rythme hypnotique de la batterie et de la basse. On perd le contrôle de plus en plus, les synthétiseurs sonnent aux oreilles, la batterie vous contrôle, et la voix vous fait perdre tout repère.


A peine remis de cette introduction tonitruante, on est cueilli par les sonorités punk 70’s de « Drunk Girls » : les voix scandent avec un air de revendication, la guitare joue trois notes, le tour est joué. Pas du tout. On voit arriver soudain une montée pop où le chant décolle et s’accompagne de chœurs, puis c’est un piano rythmique 80’s qui vient se joindre à la fête, pour offrir un titre fourre-tout amusant et facétieux, bas du front au premier abord, et si fin en réalité.


Avec « One touch », on se rappelle enfin pourquoi on a aimé LCD auparavant. Un rythme reptilien aliénant, des sonorités extra-terrestres en pagaille, et un chant chaud et sourd. Et la voix criarde de Nancy Whang qui sonne comme un poing levé. C’est bas du front, et c’est si bon.


Mais déjà arrive « All I Want » pour remettre en cause cette sensation de repères retrouvés. La guitare prend les devants et semble traîner sa mélancolie. James Murphy chante en retenue, et fait basculer le disque dans un tout autre univers. C’est vers le rock psyché de la fin des 70’s qu’on voyage désormais. David Bowie n’a jamais été aussi proche de nous. On voit apparaître les gratte-ciels de Manhattan, dans un matin brumeux, par les fenêtres d’un ferry qui s’en va. Toute une vie en 6 minutes.


Le clavier acidulé de « I Can Change » vient nous sortir de la songerie. Pour nous emmener dans les souvenirs et le voyage intérieur. Les instruments rugissant se font dociles et sobres, le chant plus pop encore qu’auparavant dirige les images dans notre cerveau. La mélodie est comme un souffle sur la nuque, la voix est tout contre l’oreille. On est si proches, l’un contre l’autre tout les deux, dans ce slow sensuel et langoureux. Mais l’amour est meurtrier …
 » Dance with me until I feel all right (…) Hoping and hoping and hoping, the feeling goes away (…) Never change, this I why I fell in love (…) Love is an open book to a verse of your bad poetry (…) But there’s love in your eyes but maybe that’s just what your lover finds (…) But I can change if it helps you fall in love « .
Que dire de plus …


Les premières notes de clavier cristallin du morceau suivant viennent vous sauver de vos pensées, comme un rayon de soleil au matin. Puis cette batterie qu’on aime tant se joint au paysage pour donner le tempo d’une nouvelle vie qui démarre. Pas question de baisser les bras. Vous vouliez de la tristesse ? on ne fait pas de tristesse ! Voilà le postulat arrogant et si salvateur de « You wanted a hit ». La basse groove à mort, le clavier sonne comme des hanches qui ondulent et la voix est un guide. « You wanted a hit ? But maybe we don’t do hits ». Oui monsieur, et tant pis pour vous. Dans une montée sournoise permanente, le morceau abat toute réticence pour prendre le pouvoir. Impossible de ne pas danser. Avec une subtilité étonnante et une facilité agaçante, LCD délivre ici l’un de ses meilleurs morceaux. Magique.


« Pow wow » revient avec jouissance vers le dance floor pur. Rythmes hypnotiques et syncopés et arrangements luxuriants vous emmènent dans une spirale grisante. Avec ces voix qui se répondent, comme un crooner face à une horde punk, c’est notre cœur qui va lâcher. Tant qu’à y laisser la peau, autant le faire en vibrant.
Mais « Somebody’s calling me » part déjà dans une autre direction. Au son d’un piano hébété et binaire, on suit le trottoir du retour à la maison alors que le jour se lève. On claque des doigts, le sang encore chaud de la nuit. Véritable tableau musical, les claviers sont des rayons de soleil qui vous sonnent comme une claque, les cuivres ressemblent à la vie qui redémarre tout alentour, et qui paraît pourtant si étrangère. On est seul dans sa bulle. Seul au milieu de tous, et on est si bien.


Pas question de se quitter sur un souvenir en demi-teinte, alors voici « Home ». Qui porte si bien son nom.
Concentré de tout ce qui fait le talent unique de LCD, on voit revenir à nous percussions et piano, cymbales et basse, guitare et orgue dans une dance enivrante et délicieuse. Les claves donnent une teinte latine, on croit entendre une trompette, le chant a des allures hawaïennes, même les claviers ressemblent à des steel drums, le soleil est ici, tout proche. Quel régal.


Oui, “This is happening” est une réussite ébouriffante. S’éloignant de plus en plus de son creuset électro, le groupe dévoile de nouvelles facettes de son talent impressionnant. Vrai ovni, tantôt barré, tantôt fragile, mais toujours juste, LCD prouve ici qu’ils ne sont pas un groupe de machines et encore moins le groupe d’un style. Libre de toute contrainte, il nous offre des émotions et de la vie, sans se soucier des étiquettes. La passion vient du cœur, c’est tout ce qui compte.
Electro disiez-vous ? Je dis Punk moi.



Leur concert au Bataclan cette année était furieux de puissance et de sensations.
Profitez de leurs passages hexagonaux pour vous jeter à cœur perdu dans leur univers.
Vous en sortirez épuisé mais comblé. Et vous ne l’oublierez pas.


This is happening sur Spotify : LCD Soundsystem – This Is Happening
LCD Soundsystem sur Myspace : http://www.myspace.com/lcdsoundsystem
Site officel de LCD Soundsystem : http://www.lcdsoundsystem.com/


En bonus, le titre “Bye bye bayou” sorti cet hiver et non présent sur l’album : LCD Soundsystem – Bye Bye Bayou

A propos de l'auteur

30 ans, Eurasien, Paris. Directeur associé de Studio EMF. Ancien diplômé de l'ESC Toulouse. Passionné de mode et de voyages. Amateur de boxe française et d'arts martiaux chinois.

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