L’été, le soleil et les terrasses ont tapé sur la tête de votre serviteur, mais une bonne nuit au poste m’a ramené à la raison. Je vous ai promis de la musique, je vous dois cette musique.
Alors on est reparti !



Quoi de mieux pour vivre été, boire été (non, non, non), groover été que le talent d’un MC reconnu, tchatcheur et irrévérencieux, pour faire vibrer les hanches et se lever les mains ?
Oui Gift of Gab est connu, très même. Historique moitié de Blackalicious, le grand gaillard continue sa carrière en solo, dans une entente toujours cordiale avec Chief Xcel., son ami depuis 10 ans.
Après son premier album, de qualité fort honnête, Gift of Gab sort de 6 ans de silence solo pour nous emmener sur Mars. Bonne idée sur le papier, mais le voyage en vaut-il l’investissement ?



Une pochette années 80, un temple pré-colombien, un rayon ésotérique droit dressé vers un ciel pourpre, une typo massive. Va-t-on avoir droit à un Nième album mystique façon WuTang de la grande époque ? Voici en tout cas un choix original et atypique pour le MC. Dans une démarche résolument second degré, il prend le risque de se priver d’une part d’audience, rebutée par l’artwork ou étant passé sans l’avoir remarqué.


Une fois franchi ce premier « trial », il faut désormais s’ouvrir aux 11 titres du disque. Ca va aller, promis.


« E2mtro » sonne étonnamment comme la continuité directe du style musical employé jusque là par Gift of Gab. Si l’album continue dans cette lignée, il va probablement être une déclinaison plus ou moins habile de « Fourth Dimensional Rocketships Going Up » … Toujours est-il que ce sample soul, mêlant avec classe cuivres et piano, créé un univers visuel coloré et chaleureux, un dimanche matin penché à la fenêtre, où la vie passe plaisamment.


Mais non, « Escape 2 Mars » n’est pas un disque de Hip-hop soul. Et « El Gifto Magnifico » nous le rappelle, comme une main en travers de la figure. Gift a fait ses armes avec l’armada Quannum, les rois incontestés du groove endiablé, et ça se sent, oh Oui.

Voici donc une chanson en forme de bombe, hymne fabuleux et aliénant au groove et à la danse. Des rythmiques latino sèches et pourtant collantes, des nappes synthétiques de cuivre, le décor est planté. La voix se pose avec précision sur la ligne de basse et ne perd jamais sa vitesse étonnante. Rajoutez à cela un refrain qui mixe avec insolence flow et chant latino pour achever le départ immédiat dans un monde de salsa urbaine, virile et sensuelle.


« Shine a Light » change l’univers du tout au tout. On replonge dans un monde urbain, illustré ici par une guitare bluesy omniprésente et à la fois si discrète. Le rythme s’amuse à faussement ralentir pour mieux exercer son emprise sur le corps. On continue à groover au son de ce refrain chanté qui évoque intelligemment les recettes musicales employées parfois gauchement par le rap west-coast.


Avec « Dreamin’ », Gift nous emmène maintenant sur la côte Est, en plein Brooklyn. Entouré de Del the Funky Homosapian et Brother Ali, le MC respecte le style des WuTang et autres figures East Coast. Sur une orchestration luxuriante, faite de claviers, percussions et batterie, le MC balance avec urgence un flow brûlant de constat et d’amertume, pour laisser ensuite éclater un sample de voix proche du bluegrass au moment du refrain. On plonge alors avec lui dans ce paysage de ville, fait d’espérance et de misère, de lumières dans les yeux et de pénombre dans les rues. C’est beau, et ça fait réfléchir.


Préparez-vous au départ, on quitte pour « In Las Vegas ». Tout le monde le sait « What happens in… ». Une fois encore cette maxime se vérifie. Quel est donc ce morceau furieux et enivrant ? Une basse toute en rondeur et ronronnements, une syncope permanente, des claps et flairs insidieux, on a la tête qui sonne, on ne sait plus où on est. Dans cet univers envoûtant, la voix de Gift agit comme un guide accessible et peut-être pas si net. Le refrain quant à lui achève toute résistance avec son chœur de voix féminines, tout droit sorti de l’héritage des Supremes. Un titre phénoménal, pur morceau de lâchage et de feeling. On danse, on se frotte, les lunettes de soleil sur les yeux. Demain n’existe plus, c’est parfait.


« Escape 2 Mars » nous raccroche paradoxalement à terre. Une intro intimiste à la guitare, comme un réveil solitaire, puis un sample fin et ciselé de clavecin où se pose un chœur de voix mixtes. Il n’en faut pas plus pour se sentir à l’aube de sa vie. Seul au milieu de tous, dans un voyage intérieur. Sur Terre, et avec une telle envie de partir pour Mars. Car la planète n’est plus viable, on la détruit à petit feu, la tête perchée dans nos fantasmes, les pieds cloués dans nos contradictions. Comme le dit Gift, « Global warming on the rise, Sad to see. If we don’t make a change now ».


« Electric Waterfalls » nous fait redécoller illico, mais vers un monde étrange et astral. Les voix sont celles de robots cosmiques, impressionnants et inquiétants. Le discours est bien sombre et l’orchestration fait ressentir un vide intersidéral. On est perdu et on flotte dans ce monde qui n’est pas fait pour nous. Proche de la tendance électro de la fin des 90’s, faite d’éthéré et de claustrophobie, voici un titre étonnant musicalement mais profondément angoissant.


Heureusement que « Richman, Poorman » nous fait revenir avec tendresse sur les trottoirs ensoleillés d’une grande métropole. Basse 70’s roucoulante, voix cuivrée sortant d’un disque de soul, le morceau nous porte vers les reflets de la pop des années 80, de Lionel Richie à Quincy Jones. On voit apparaître dans l’orgue et les samples de voix masculine un monde qu’on connaît déjà, et qui rassure.


« Some of the people » fait penser aux structures symphoniques employées par Kanye West. L’orchestration de cordes, le clavier et quelques nappes 80’s nous emmènent dans une rêverie éveillée. On voit se dessiner au loin les piqûres de la mélancolie, mais en même temps la douce nostalgie des bons moments passés. Et quand la voix de Gift prend sur le refrain la teinte de Barry White on a achevé notre voyages. Le passé, c’est bien, on y resterait si volontiers.


« Spotlight » quant à lui montre à nouveau la filiation étroite de Gift avec ses amis de Quannum, et Lyrics Born en tête. Voici donc un titre tout en syncopes et compression, gorgé de synthétique où la voix du MC semble être le seul élément vivant. On hoche de la tête et on se raccroche aux voix féminines feutrées et sensuelles disséminées tout au long du morceau. Mais on se sent un peu étranger à l’exercice.


« Rhyme travel » vient conclure le disque comme une démonstration des connaissances et possibilités artistiques du MC. Résolument dans l’une des tendances du hip-hop actuel, faite de nombreux rythmes et dépouillée de ses artifices mélodiques, le titre accumule les changements de tempo pour créer un chaos organisé d’où naît l’orchestration. On est ainsi très proches des tendances de moult fois exploitées par N.E.R.D et le petit Pharell. Et résolument dans la mode. On aime, ou pas, je vous laisse choisir.


Finalement cette pochette n’est pas insensée : à la manière d’une parabole, elle fait référence à la prédiction maya de fin du monde, sous-entendant que notre folie ordinaire nous conduira inexorablement à devoir fuir la planète.


A l’instar des expressions gravitant autour de la planète rouge, « Escape 2 Mars » est une auberge espagnole de tendances, d’idées et d’envies. Sortant de ses habitudes musicales, Gift montre une audace rafraîchissante et réussit plusieurs hits fantastiques. Parfois déroutant dans son évolution, plus proche de la condensation de styles que de la tendance homogène, le MC géant réussit toutefois son pari : nous faire décoller vers Mars, d’une façon ou d’une autre. Dans un paysage hip-hop sinistré et rien que pour la légende de ce MC, vous devez tenter le voyage, et vous plonger dans son monde. Si.


Ecoutez « Escape 2 Mars » sur Spotify : Gift Of Gab – Escape 2 Mars
Gift of Gab sur Myspace : Myspace.com/Theofficialgiftofgab

A propos de l'auteur

Fort d'une carrière de 10 ans dans l'univers de la communication internet, j'ai acquis une forte expérience dans les domaines Publictaires, E-Commerce et Corporate.

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