Christian Boltanski - Monumenta



Chaque année Monumenta invite un artiste contemporain de renommée internationale à investir la Nef du Grand Palais avec une œuvre magistrale spécialement conçue pour l’occasion. Après le succès des deux premières éditions confiées à Anselm Kiefer en 2007 puis au sculpteur américain Richard Serra en 2008, c’est Christian Boltanski qui relève le défi en 2010.


Finis le glamour du défilé Chanel et le groove des deux concerts inédits de Prince, le Grand Palais laisse place à une expérience artistique humaine, profonde, déroutante. Le lieu et l’œuvre semblent faire corps le temps d’une exposition et l’on ne saurait dire lequel des deux sert le plus l’autre. A ce propos, Boltanski dit lui-même que le Grand Palais est un « lieu de spectacle », qu’il a la sensation de réaliser un « opéra, avec cette différence que l’architecture remplace la musique ».


C’est probablement là que réside l’intensité de cette exposition : le spectateur n’est pas placé devant l’œuvre mais pénètre à l’intérieur de l’œuvre, il devient acteur, co-auteur. D’où un sentiment de malaise immédiat et grandissant à mesure de ses déambulations dans l’œuvre. Malaise assumé et revendiqué par l’auteur : le fait d’avoir froid, d’être angoissé et bouleversé, de chercher la sortie, de vouloir « retrouver la vie » fait partie intégrante de sa démarche artistique. « Cette installation est conçue pour produire un puissant sentiment d’oppression ».


Christian Boltanski - Monumenta

Christian Boltanski - Monumenta



On peut dire que Boltanski a réussi son pari en déployant au sol un ensemble de 69 rectangles de manteaux desquels s’élèvent 69 battements de cœur (battements de cœur enregistrés dans le monde entier auprès d’anonymes – il est possible soi-même d’enregistrer les battements de son cœur, et ainsi participer à l’œuvre). Des expériences visuelles et sonores qui se nourrissent mutuellement et provoquent une vraie émotion…


C’est au bord d’une crise de palpitations inattendue que j’ai décidé de me mettre au chaud et d’assister à une table-ronde organisée dans l’auditorium du Grand Palais en compagnie de Christian Boltanski et d’autres personnalités (Hans-Ulrich Obrist, directeur des projets à la Serpentine Gallery de Londres, Tom Mc Carthy, écrivain, Jacques Roubaud « oulipien » ami de Queneau et adepte du mouvement Oulipo et Jean-Pierre Salgas, critique littéraire). Une table-ronde ponctuée de lectures et discussions de haut vol mais tellement plus légères que l’exposition ! Boltanski y est apparu drôle et espiègle, à des années lumières de ce qu’il a développé dans son œuvre. Agnès Varda discrètement présente dans le public n’en a pas manqué un mot, manifestement amusée par les bons mots de l’artiste.


Certains se demanderont peut être s’il faut être maso pour apprécier cette œuvre ? Et si l’on passe un moment « agréable » au final ? L’œuvre engage une réflexion sociale, spirituelle et humaine sur la vie, la mémoire, la déshumanisation des corps, le hasard de la destinée. Ce questionnement vaut la peine. Indépendamment des expériences physiques et psychologiques spectaculaires.


Marjorie


www.monumenta.com


jusqu’au 21/02/2010

A propos de l'auteur

Diplômée du CELSA, planneur stratégique pendant 6 ans au sein d'une agence de design puis en agence de communication pendant 2 ans. Actuellement à Londres.

3 Responses

  1. Noah Hofmeijer

    Hoi , ik kwam hier via Google Ik heb nu helaas geen tijd maar ik kom zo snel mogelijk terug voor een bezoekje. Overigens kreeg ik de RSS feed in mijn Google Chrome browserCheers

    Répondre

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